Mardi 30 juin 2009

J’ai tellement rien à écrire ces jours-ci que, comme des fois ça m’arrive, j’ai été repiquer du nez dans les vieilleries, les pas trop, les pas tant, les pas loin. Et j’ai retrouvé ça, un truc écrit la dernière fois que j’ai arrêté la clope. Vu que ça m’a repris, depuis un peu plus d’une semaine, ça m’a pas fait de mal de le relire : ma motivation, comme on dit au goût du jour, à force d’en avoir aucune nulle part peut-être ? On se donne des importances, c’est dérisoire, et puis à côté de ça, souvent, l’importance qu’on a vraiment, on s’assied dessus, on n’y pense pas…

J’avais donc arrêté, encore un coup, et purée de moi, ça doit être la dix-huitième fois au moins, mais si j’ai pas le mérite de la volonté (enfin, faut croire…), j’ai peut-être celui de l’opiniâtreté : j’ai beau échouer, j’y reviens et je recommence. Ah ! faut se trouver quelque chose de bon, des fois, sinon, on se coulerait tout vif dans le béton, on en parlerait plus.

Dans ce poème, qui doit avoir un an peut-être, j’arrêtais déjà, et je me racontais pourquoi. J’avais de bonnes raisons, ça se discute pas, et la dernière fois que j’ai rallumé la cheminée, j’aurais dû me le relire ; pas que ce soit un morceau d’anthologie, mais histoire de me remettre des essentiels en mémoire. Tiens, je devrais me l’imprimer, un p’tit papier à me traîner dans le larfeuille, à ressortir de temps à autre, quand c’est pas loin de flancher…

En attendant, je vous le laisse à lire (oh… comme c’est joliment dit…), pour rattraper la disette d’inspiration de ces derniers jours…

 

 

Un plaisir pour ma toute belle,

un geste qui comptait :

qu'elle ait plus peur de me compter

parmi les regrettés

du dernier coup de pelle

 

Puis être là pour mes princesses,

les voir s’épanouir...

Un de ces jours, les grands soupirs

qui viendront les cueillir

entre l’amour et ses promesses…

 

Et me sentir vieillir, vieux con

Pas trop non plus, j'espère…

Essayer de faire un bon père,

un vrai, qu'elles aimèrent

même quand elles m'oublieront.

 

C'est pas beau de chercher la mort,

de se frimer avec,

et s’y laisser aller, pauv' mec,

jusqu'à crever tout sec,

quand on a eu la chance encor'...

 

Quand elle a retiré sa faux,

« P'tit con ! allez, dégage !

Mais gaffe ! tu me dois un gage :

Plus droit au dérapage ! »

J'ai pas cherché le dernier mot...

 

Elle me garde au coin de l'œil,

de temps en temps, passant

comme un coup de froid dans mon sang

et sur le palpitant.

« T'aimes encor' l'odeur du cercueil ? »

 

Je l'aime plus, non, je crois pas,

l'odeur du sapin, rude...

J'avais juste pris l'habitude

au temps des solitudes

de chercher le diable où il va...

 

C'est plus d'époque, cette errance !

Et malgré tout ce noir,

ces nuits plus à vivre qu'à voir,

j’écris un mot : "Espoir",

à l'encre des rêves d'enfance.

 

Alors, j'ai craché mon mégot

ma sucette de lâche,

C’est des belles choses qu’on gâche

quand l’ancien se remâche,

qu'on se le traîne sur le dos.

 

J'ai clopé la dernière un soir,

sans même le plaisir,

« T'es la dernière à me pourrir ! »

j'avais rien d'autre à dire.

Il était juste temps... d'y croire !

Par Bifane - Publié dans : Poésie
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Jeudi 11 juin 2009

 

J’ai moins la fantaisie de raconter ma vie,

            ces lourdes crevasses d’empreintes

            qui nous ombrent la peau tatouée de lointain,

de tant d’arabesques défuntes…

Je les ai repassées, à m’en dire plus rien,

            cent fois, les grimaces dépeintes

            des choses révolues ; une tendre lubie…

 

Ҫa se peut pas qu’on passe et, peinard, qu’on oublie :

            c’est trop d’images qui s’inquiètent ;

            dans la toile de fond, ça bouge, on y revient,

            on s’en opiniâtre la tête !

On sait plus, ou alors peut-être on sait trop bien,

            on laisserait pas une miette :

            on essaye des fois, ça finit en charpie…

 

On gaffe sur les bords les issues de secours

            de ces chimères nébuleuses…

            mais on veut rien lâcher : on les serre, les fesses,

            à s’en faire mal aux valseuses…

C’était tellement bon d’écouter ces promesses

            nous estourbir de leurs berceuses,

            on était sans méfiance : aveugles, oui, et sourds !

           

J’ai comme ça des voix qui me suivent toujours,

            les familières de l’errance,

            à caresser tout doux de joies dans les tristesses,

            l’amour revenu en souffrance…

C’est là, dans chaque pas, qui me porte et me blesse,

            j’en cherche pas la délivrance :

            souvenirs… les plus beaux sont aussi les plus lourds…

 

 

Par Bifane - Publié dans : Poésie
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Lundi 8 juin 2009

 

On est tellement seul

on est tellement rien...

Ce qu'ils nous veulent,

on sait pas bien.

 

Ils nous brûleront nos silences

pour tout savoir

de nos errances

à rien y voir,

le rien, ça les démange

à le vouloir remplir,

qu'ils nous prennent, nous rangent

jusqu'au dernier désir.

 

Ils savent rien : c'est comme nous,

leurs vérités, c'est du mensonge

à s'en piffrer rab à rallonge

jusqu'au dégoût,

ils voudraient qu'on soye comme eux

à lécher la même gamelle,

ces précieux des fonds de poubelle,

c'est malheureux...

 

J'ai pas la passion des costumes,

ni le sourire bien gentil

et la dent lourde sur l'enclume

à bouffer du profit,

je veux crever dans ma cabane

avec mon coeur dessous le bras,

tout petit, tout en panne,

à plus savoir s'il aimera

s'il a aimé dans son histoire

ou si c'est du flanc, ça aussi,

du bon sentiment illusoire

au fond d'un plat pourri.

 

C'est entendu que j'en sais rien,

mais je ferai pas comme

avec leur air hautain

des braves hommes.

Quand j'aurai bouffé tout mon pain,

si je sais pas encore,

j'irai pas vomir de dédain,

tout plein comme une amphore

de ma suffisance de con ;

je fermerai juste la porte

pour me cacher au fond

de mon corps de cloporte.

 

Et peut-être qu'au soir venu,

j'en aurais juste assez pour vivre,

à bien savoir que rien m'est dû,

que c'est mieux dans les livres

où on se refait le chemin

avec des raisons et des signes,

de l'amour, du destin,

où qu'on deviendrait beau et digne...

 

En vérité, ce qu'on devient,

c'est pas la gloire.

On est bien là, on y revient,

on s'en est gardé pour la poire,

mais ça fout le camp joliment         

et c'est plus des jeux d'innocence,

c'est plus aussi charmant,

on s'est retiré en défense.

Viens-y salaud !

m'en reste encore dans la pogne,

à ceux-là qui voudraient ma peau,

qu'ils sachent que je cogne !

 

Mais non... mais si... ça fait du bien,

on se défoule de la gueule,

on vaut plus rien,

pauvre bête, t'es toujours seule...

Des fois ça fait son fier,

c'est même pas pour l'apparence,

on y croit plus à ces vieux airs,

mais ça répare des offenses.

 

Eh non, je cogne pas,

ou alors c'est bien rare,

je me cogne à mon galetas,

aux murs qui me séparent,

des choses qu'on dit pas : qu'on sent !

du vieux bobo sous la pommade,

des bleus dessous le vêtement,

des griffes d'autres promenades.

On a même pas répondu,

à quoi ça sert ? Bon, on s'écrase...

on savait que c'était perdu,

on fait rien que des phrases...

 

Ils sont toujours là, les féroces,

faut faire avec.

Je leur passerai pas la brosse,

ni la langue au trou sec,

mais je laisse courir les hyènes

et rire et puer de bonheur,

leurs ombres aussi, elles viennent,

et même les sans cœur

se le font bouffer, faut pas croire !

Quand ça leur tombera dessus,

ça fera une belle foire,

tous ces pauvres vieux culs...

 

 

Ecrit et publié sur Lybra, le 2 mai 2009. Je me sens tout à fait dans la même humeur, au point que j’ai écrit un truc, aujourd’hui, qui en reprenait les grandes lignes, une redite autant dire. J’aime mieux l’original finalement…

 

Par Bifane - Publié dans : Poésie
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Mercredi 3 juin 2009


 

Le collier à clous

            de leurs vigilances

            jusqu’aux yeux,

            à la bouche

            où chuintent des mots gris

            en vagues bouffées foireuses…

Les esprits jaloux

            et veules et rances,

            sourcilleux

            qu’on les touche,

            se croquevillent, aigris,

            en représailles merdeuses.

 

Dire ni donner,

            ni jamais rien prendre !

Bouclier

            sur la face

            et remugles revanchards,

            que d’étranger rien n’approche !

Ils ont deviné

            ce qu’il fallait rendre…

            initié

            la grimace 

            du sourire goguenard,

            les mains calées dans les poches.

 

C’est claquemuré

            de portes et chaînes,

            volets clos

            et clôture !

Les chiens sont plus doux entre eux,

            quand ça gueule et se dégrogne !

Bien sec et carré,

            le parpaing des haines,         

            et les mots

            se serrurent.

Va voir ailleurs si c’est mieux,

            Ici, c’est plus rien, personne !

 

 

Par Bifane - Publié dans : Poésie
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Jeudi 28 mai 2009



Je m’ai garé et tu s’en fous,

            moi-même aussi dans l’fond

            depuis l’année prochaine

            où nous s’éloigne…

Tu m’aurais tout perdu les poux

            à m’en geler un plomb

            quand c’est en sel de haine

            que ça m’empoigne,

Mais ça s’enfuit de loin dessous

            tes mots comme le pont

            ce serait mal ta veine

            qu’on s’en témoigne !

Je mets des vides dans les trous,

            on dira j’ai l’air con,

            j’ai pas besoin d’antenne

            et ça se soigne,

J’irai dormir avec les fous,

            en vrai mauvais garçon,

            ça te fera moins peine

            que si je gagne…

           

Par Bifane - Publié dans : Poésie
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