Samedi 22 novembre 2008

 

Ecrits de la lucarne

Tanies H.

 

Ayant quelque sympathie pour son auteur, c’est un livre que j’avais envie de lire avec une attention toute particulière et l’intention d’en dire tout le bien que je pourrais. Mais je dois à la vérité de reconnaître que je suis malheureusement resté très en surface de l’œuvre, malgré mes vaines tentatives d’y plonger.

La faute m’en revient sans doute : ce besoin de comprendre ce que je lis, d’en cerner le sens et de pouvoir y réfléchir ou y songer, s’est heurté ici au grand flou d’un livre aux abords particulièrement ardus. Il est pourtant indéniable qu’on s’y laisse entraîner dans les eaux troubles d’une introspection douloureuse et compliquée, mais c’est plutôt d’un effet d’ensemble qu’il s’agit : ce qui me restait à l’esprit lorsque je refermais le livre au cours de sa lecture.

Dans le précis, le détail, les pages des « Ecrits de la lucarne » semblaient vouloir toujours se refermer sur elles-mêmes et me laisser au-dehors, et je ne suis parvenu à en retirer qu’un grand point d’interrogation assorti d’une certaine gêne : la culpabilité du voyeur, qui me revenait en boucle. Au fil des pages, j’espérais en saisir quelque chose, un fil conducteur, une compréhension plus aboutie, mais décidément non, je n’ai gardé, arrivé au bout du parcours, que le sentiment d’avoir fourré mon nez dans quelque chose qui ne me regardait pas ou que j’étais incapable de comprendre.

C’est que, dans son livre, Tanies H. semble plutôt se parler à elle-même, comme dans une tentative de s’expliquer ce qu’elle est, ce qu’elle veut, qui elle est ou devient. Et l’on se retrouve sur ses pages comme dans celles d’un journal intime, qui rapporterait plus ou moins anarchiquement les sinuosités et détours d’un parcours des plus chaotiques, avec les humeurs, toutes les humeurs qui l’accompagnent. Ce n’est pas simple. D’autant qu’il s’y mêle des personnages secondaires dont on n’en finit pas de se demander ce qu’ils sont au juste : projections symboliques de l’auteur ou personnes réelles désincarnées ?

En fin de compte, on finit, à force de questions, par se demander si l’on est en droit de se les poser… C’est assez paradoxal. Mais il s’agit vraiment d’une œuvre très personnelle et qui ne se laisse pas cerner, comme un défi à la raison raisonnante, à l’analyse méthodique. Enfin, il s’y ajoute un côté impudique qui en fait un livre à cheval entre l’œuvre littéraire et le délire artistique, un écrit à la fois intimiste et provocateur, vaguement scandaleux, sulfureux, où la souffrance se mêle parfois d’un jeu pervers, dangereux, surprenant, inquiétant…

A découvrir, sans doute. Mais quant à la raison, à vous de voir…

Ce livre est disponible aux éditons Edilivre, à commander sur Internet  : link

 

 

Par Bifane - Publié dans : Des livres et moi
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Commentaires

Sans avoir lu cet ouvrage, et ayant visité son site...je crois que tu arrives assez bien à cerner l'auteur.

Comme elle le déclare elle-même " Ce n'est pas un roman, ni un essais biographique..."  Mais moi je crois (toujours par le bref survol de son écris) que c'est en fait une sorte de journal ou s'étale le tourment d'une vie agitée, et cela dans le style trés "actuel" de l'expression épistolaire..

Ce genre de lecture, nous laisse souvent une impression étrange et parfois nébuleuse.

Cioran, (auteur Roumain)  dans " Sur les cimes du désespoir " disait : "La vraie pensée ressemble, elle, à un démon qui trouble les sources de la vie, ou bien à une maladie qui en affecte les racine même..."

Commentaire n° 1 posté par Jaca le 23/11/2008 à 21h37

Il faut dire que je lis assez peu d’essais, de biographies intimistes… Mes lectures sont plutôt tournées vers le roman, un recueil de poèmes de temps en temps, mais surtout du roman. J’aime qu’un livre me sorte complètement de mon quotidien et de ma vie, qu’il m’emporte ailleurs. Et j’adore être saisi par un livre au point de ne pouvoir le lâcher et de le dévorer littéralement.

Le livre de Tanie H. n’était donc pas exactement le genre de lecture dont j’ai l’habitude, ce qui explique peut-être que j’aie trouvé sa lecture difficile. Pour autant, je ne dirai pas qu’elle m’a été désagréable, mais je reprendrai volontiers tes mots : « Une impression étrange et parfois nébuleuse ». Pas vraiment ma tasse de thé, mais une découverte pourtant intéressante, quelque chose de très inhabituel pour moi, ce qui me plaît plutôt.

Réponse de Bifane le 24/11/2008 à 10h22

Comment donc le rebelle, t’es passé à côté ? J

 

Je l’ai lu 5 fois son bouquin, pour des raisons diverses, terre à terre pour certaines (elle voulait que je corrige les erreurs de typo) et pour d’autres, obscures et fascinatoires (là elle voulait rien, mais bon). Et à chaque fois, c’était un autre livre.

 

Je vais te filer mes clés. C’est que perso, alors la valeur intrinsèque de ce que je raconte …

 

D’abord j’ai lu les fautes, donc j’ai rien pigé jusqu’à la page 30. Alors j’ai arrêté de lire les fautes et c’était plus un livre, c’était une errance. Une ballade à travers la mort, la folie, l’inconséquence de la vie, l’intime et le profane. Pas mal du tout.

 

Après, y’a eu la lecture « littéraire ». Ca foisonne de phrases qui tuent quand on les sort de leur page. Et en même temps, un constat d’aboutissement comme on en rencontre parfois dans les textes jeunes (de « jeunes » ?) : la rébellion jetée là comme on jette son bonnet par-dessus les moulins, sans fioriture, juste l’essentiel de ses peurs, de son dégoût, de ses angoisses/fantasmes. Bien fichu.

 

Ensuite, y’a une autre façon de voir : c’est pas un livre, c’est un film. Y’a pas de vrai synopsis, juste un fil conducteur qui amène les images jusqu’à plus soif. Mi-documentaire, mi-caméra au poing, et on se promène dans les lieux, on tourne autour des gens. Peu importe ce qu’on filme, on empile des couleurs, des bruits, ou des non-couleurs, des non-bruits. Un genre de cinéma à la fois réaliste et sans cohésion. Des plans, des gros plans …

 

Puis on peut amalgamer tout ça comme on le ferait quand on se révolte (à consommer à petite dose), quand c'est jours de colère, jours où on va jusqu’au bout, ou bien ceux où on veut plus aller nulle part.

 

Faut pas le lire d’un bloc. Ca c’est ma conclusion. Faut l’ouvrir n’importe où, et en avaler un morceau mais rester sur sa faim ou sur son incompréhension. Les fils de trame se mettront en place plus tard. Ou jamais. Mais c’est pas important. On est en toujours sur le fil du rasoir et assez curieusement libre : libre de tomber d’un côté ou de l’autre, d’entrer dans les déviances de l’esprit ou se contenter de vivre par procuration des pulsions/impulsions qu’on n’oserait pas affronter de face. On frôle, on frôle toujours, le spleen, le suicide, la déraison, et tous les vides et les néants.

 

Ceci dit, je comprends aussi ce que ce livre peut avoir de dérangeant. C’est un hybride, mi-mots, mi-flashes et une thématique sombre. Alors c’est vrai, c’est pas simple d’y accéder.

 

Et maintenant, secrets papotages sur l’auteur. J’l’ai rencontrée après l’aventure des écrits de la lucarne. D’abord elle est comme son livre : pleine de « lectures » (euh … c’est des secrets hein ? faut pas lui répéter tout de suite !). Si on devait la décrire, bin ce serait comme si on essayait de raconter l’arrivée d’une nouvelle saison : ni le printemps ni l’hiver, mais un peu des 2.

C’est d’abord une frimousse, hiératique et gracile. Avec des yeux comme des étoiles et un sourire permanent, qui semble sortir de derrière un nuage (pas la Joconde, mais pas loin, et franchement plus contemporain quand même !). Comme la campagne à la ville, mais plus ville que campagne, encore que … avec le tonus de l’une et la dynamique de l’autre. Un masque figé qui fond quand elle raconte sa vocation ratée pour la théorie des cordes et sa délectation à la lecture du bouquin de Pastoureau (le petit livre des couleurs, ndrl). Elle se fringue avec des vêtements à étages, tous bien empilés dans l’bon sens. Et elle s’émerveille devant les demis de bière dopés au vin chaud, les jeux de memory pour enfant à désennuyer, la poussière sur les vieux papiers et les chevaux qui ont des gros culs. P’t’être qu’elle est timide mais comme les forts : sans excès et en prenant sur soi. Alors exit Tanie-mots, et bonjour Tanie-images. Ah, pis oui, c’est une p’tite jeune, encore par l’âge, mais surtout pour tout la fraîcheur qu’elle a dans sa tête.

 

Pour les fans et futurs fans : elle en a un autre sur l’gaz, de livre, plus « mature » ? plus conventionnel ? A voir …

Commentaire n° 2 posté par kodama le 24/11/2008 à 20h58

Voilà peut-être la raison, alors : je n’aurais pas dû le lire d’une traite, tout à la suite !? Les petites perles parsemées le long des pages ne m’ont pas échappé (enfin, pas toutes en tout cas !), mais il est vrai que je n’ai pas été aussi emporté que toi, Kodama. Tu sais quoi ? J’attendais et espérais ta réaction : j’étais sûr qu’elle donnerait une autre vision de ce livre, que je n’ai pas su apprécier autant que toi. Pourtant, je ne dirais pas qu’il m’a déplu, et le recul aidant, j’ai moins envie encore de le dire. Mais en effet, cette plongée dans l’univers de Tanies, sur la longueur, peut avoir quelque chose de déroutant : c’est qu’il n’y a pas une réelle continuité entre les chapitres, et en effet, comme tu le dis, on doit pouvoir en lire un au hasard, pour nourrir une réflexion ou un ressenti plus constructif que ma lecture peut-être trop acharnée.

Je sais qu’il y a un autre livre de Tanies à lire, « Tabanata » je crois, que j’ai bien l’intention de commander plus tard. Pour l’heure, je viens de me lancer dans un nouveau roman de John Irving, assez volumineux, que j’avais remis à plus tard pour lire les « Ecrits de la lucarne ». Mais je n’oublie pas le roman de Tanies, et, pour avoir lu le début d’un autre qu’elle a bien voulu nous donner à découvrir, je crois que j’apprécierai certainement mieux sa plume sous la forme d’un roman. Il faut dire que c’est à peu près tout ce que je lis, les romans, je ne m’intéresse généralement que très peu ou épisodiquement au reste…

Réponse de Bifane le 25/11/2008 à 09h06

Pfff, alors là, j'hallucine.

Tant de commentaires et tout ça pour moi ?

Ah là là, Agathe (ou K. ou G. je m'y perds, moi - comme Bifane, d'abord : c'est Tanie ou Tanies H., mais pas Tanie H, non mais !), tu m'as encore bien fait rigoler : ta description, va falloir que je l'encadre pour mes vieux jours (qui commencent d'ailleurs à pointer leur nez, déjà, si si).

En tout cas, à chaque fois que tu parles (euh, écris, plutôt), ça me met du baume au cœur. Et m'en faut, en ce moment : la tête sous les copies et les doigts sur mon ordi pour arranger ce p... de site de mon lycée, à peine d'aller vous lire de temps en temps, vous autres. Quant à l'écriture, ben nada, évidemment. Mais bon, le temps que Bifane lise ses 3000 livres en retard, j'aurai peut-être achevé le suivant !!!

Dis, Bifane, à ce propos, fais-moi plaisir : lis un peu Dosto, les Carnets, c'est tout court, d'autant que c'est la première partie la plus intéressante (n'en déplaise à R. Girard, qui, dans son - excellente par ailleurs - Critique dans un souterrain, dit que c'est la seconde la plus intéressante. Mais c'est qu'il est comme toi : il n'aime que les romans. Hum, alors lis peut-être aussi la seconde partie...). Et l'Idiot. Et puis après, énorme cerise sur le gâteau, les Frères Karamazov. Ca c'est du roman. Le truc qui t'envoie un grand coup dans la tronche que tu ne t'en relèves plus jamais complètement.

Jaca, j'ai bien aimé ton impression - Cioran fait d'ailleurs partie des auteurs qui m'ont beaucoup influencée, à une époque.

Allez, c'est pas tout ça, mais faut que je dorme, j'ai les doigts et les neurones qui s'emmêlent, je ne sais même plus si c'est mon cerveau ou ma main, mais je commence à écrire tout de travers... Bises !

Commentaire n° 3 posté par Tanie le 26/11/2008 à 00h41

Mais ce que j’avais pas vu du tout, cette nuance du « S » en présence du « H » et qu’on ne devait pas le mettre sinon… C’est compliqué, ça aussi, décidément… Ce que je vois, c’est que ton livre donne envie d’en parler, et ça, y’a pas à dire, c’est un point positif ! D’ailleurs, je pense remettre dans La Tanière une rubrique que j’en avais supprimée, sur les bouquins justement. Sur un site littéraire, ou aspirant à ce statut, c’est essentiel… Pour Dostoïevski, t’inquiète, j’oublie pas. Dès que j’aurai fini mon Irving, hop ! Je me lance à la découverte de ton auteur favori. Moi, c’est Céline qui m’a bousculé dans mes goûts littéraires. « Voyage au bout de la nuit »… Faudra que j’en écrive un petit article un de ces quatre, mais j’aimerais bien le relire avant. Le style de Céline, ça m’a révolutionné les neurones littéraires : au début, j’ai eu du mal, pas l’habitude de ce style quasiment « parlé », et puis j’ai forcé, et j’en suis tombé raide dingue…

Réponse de Bifane le 26/11/2008 à 09h39
ja dmire votre point de vue

vous etes tre fin

merci
bisous
Commentaire n° 4 posté par sandy le 18/12/2008 à 14h10

Merci Sandy. Si je peux me permettre un conseil, tu devrais aussi lire, dans les commentaires, ce qu’en disent les autres, notamment Kodama, qui ne manque pas d’intérêt, son point de vue étant assez différent du mien ; nos échanges à propos des Ecrits de la lucarne apportent une idée beaucoup plus fine de l’œuvre, qui mérite très certainement d’être découverte, qu’on soit habitué ou non à ce genre…

Réponse de Bifane le 18/12/2008 à 15h11

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